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Il faut retrouver le soldat Gudin

28 août 2019, Moscou

Un mystère de plus de 200 ans est peut être sur le point d’être résolu : une équipe d’archéologues franco-russe pense avoir retrouvé la dépouille d’un général français, mort en 1812 pendant la campagne russe de Napoléon.

Un mystère de plus de 200 ans est peut être sur le point d’être résolu : une équipe d’archéologues franco-russe pense avoir retrouvé la dépouille d’un général français, mort en 1812 pendant la campagne russe de Napoléon.

Charles Étienne Gudin de la Sablonnière a été fauché le 19 août par un boulet de canon ennemi lors de la bataille de Valoutina Gora, à 20 kilomètres à l’est de Smolensk, ville russe près de l’actuelle frontière avec le Belarus.

Amputé de la jambe gauche, le général, que l’on disait très apprécié de Napoléon, meurt trois jours plus tard de la gangrène, à 44 ans. Depuis, les témoignages diffèrent sur la localisation de sa tombe.

Mais une équipe franco-russe d’archéologues a repris les recherches en mai à l’initiative de Pierre Malinowski, un historien et ancien militaire français proche de l’extrême droite et disposant d’appuis au Kremlin, président de la Fondation franco-russe des initiatives historiques.

Début juillet, l’équipe a découvert des ossements présentant des blessures correspondant à celles du général. "Dès que j’ai vu un squelette qui n’avait qu’une jambe, j’ai compris que c’était notre homme", raconte la cheffe de l’équipe d’archéologues Marina Nesterova.

Pour valider cette thèse, des analyses ADN sont en cours pour déterminer s’il s’agit bien de ce général dont le nom est gravé sur l’Arc de Triomphe. Leurs résultats doivent êtres dévoilés jeudi à Moscou.

 Sous une piste de danse

L’équipe franco-russe suit d’abord la piste basée sur les mémoires du maréchal Davout, qui avait lui-même organisé les funérailles de son subalterne, dans un fort proche de Smolensk, selon le directeur de l’Institut d’Archéologie de l’Académie des Sciences de Russie Nikolaï Makarov, organisateur des fouilles.

D’après le maréchal, un mausolée avait été formé par quatre fûts de canon dressés vers le ciel pour en soutenir le toit, et des fusils brisés lors des combats avaient été posés en forme d’étoile sur le cercueil. La piste ne donne rien.

Les archéologues se déplacent alors à un kilomètre au sud-est pour vérifier le témoignage du comte de Ségur, qui avait assisté aux funérailles du général Gudin, et selon lequel la tombe se trouvait "au sein de la citadelle de Smolensk, à droite de l’entrée".

Le 1er juillet, sous une ancienne piste de danse dans un parc, ils tombent sur des débris d’un cercueil en bois. "Un cercueil isolé, en plein centre de la citadelle !", raconte la cheffe des fouilles.

Quand l’équipe ouvre la tombe quelques jours plus tard, ses membres découvrent, sous les fragments d’un cercueil, un squelette avec le crâne incliné à gauche reposant sur un support-tête en bois. Surtout, il n’a qu’une jambe.

Six dépressions rondes dans le sol sont en outre visibles autour de la tombe, évoquant les traces des fûts de canons du mausolée, mentionné par le maréchal Davout. Ce soir-là, les archéologues boivent du champagne.

Quelques jours plus tard, une expertise des ossements à Moscou confirmera que "la dépouille est celle d’un homme âgé de 40 à 45 ans, à qui il manque un fragment de tibia à la jambe gauche".

 Dans les bras de Napoléon

A l’époque de la mort du général Gudin en août 1812, l’armée française est en pleine avancée et rien ne laisse présager le désastre de la campagne russe.

Avec la prise de Smolensk, le 16 août, Napoléon ouvre la voie vers Moscou, 400 kilomètres plus à l’est. Mais trois jours plus tard, lors de la bataille de Valoutina Gora, située à moins de 15 kilomètres de Smolensk, l’armée russe échappe au piège des troupes françaises, ce qui lui permet de poursuivre sa retraite vers Moscou.

"Cette bataille aurait pu être décisive si Napoléon n’avait pas sous-estimé les Russes", raconte à l’AFP Pierre Malinowski, qui a initié les fouilles. "De lourdes pertes causées par ce combat ont montré à Napoléon qu’il allait vivre l’enfer en Russie."

L’empereur vit mal la perte de l’un de ses militaires fidèles. Après l’avoir confié à son médecin personnel, Napoléon rend visite au général et le prend dans ses bras juste avant sa mort le 22 août, selon des témoignages.

Son ADN est actuellement comparé avec ceux d’un descendant de Charles Étienne Gudin. Son cœur prélevé est conservé au cimetière parisien de Père-Lachaise, mais si les analyses sont positives, le général "doit enfin trouver sa place aux Invalides", estime Pierre Malinowski.

 

 

© dimanche 1er septembre 2019, par Russie.net avec AFP

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